FREY Jean-Pierre

Cote : Ar. 1452

Mots-clés libres : Anciens des mouvements unis de la Résistance, Dessins concentrationnaires, Valises en bois

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Affaire Georges Mrazovich de Preindlsperg

Georges Mrazovich de Preindlsperg est né le 8 juin 1901 à Sarajevo. Naturalisé français sous le nom de Preindlsperg Mrazovich Georges par décret du 28 février 1947, il se fait plus couramment appeler Mrazovich (à noter que dans le Livre Mémorial des déportés de France, son nom est orthographié Mrazovitch de Preindisperg).
Responsable du réseau Turma-Vengeance, il est déporté par le convoi (dit convoi des tatoués) parti de Compiègne le 27 avril 1944 et arrivé à Auschwitz-Birkenau le 30. Il est ensuite transféré à Buchenwald, où il est libéré le 11 avril 1945. Il occupe après la guerre un poste de gouverneur militaire à Berlin.

Le dossier, composé de sept classeurs, est consacré au contentieux qui oppose M. Mrazovich à l'administration française après le licenciement dont il est victime en 1954. La désillusion qui s'en suit et un sentiment appuyé de trahison l'amènent à mener un combat acharné jusqu'au début des années 1970, fort de l'appui de nombreuses personnalités, qui ne débouche curieusement, de recours en recours, sur aucun reclassement. Un compromis sera obtenu en 1970, mais l'homme est depuis longtemps brisé.

Note d'information sur Georges Mrazovich

Croisé avec un document émis le 20 avril 1967 par l'UNADIF et un CV inclus dans le dossier, cette note d'information permet de se faire une idée assez précise du parcours (et des déboires) de Georges Mrazovich de 1944 à 1970.

  • Docteur en sciences politiques et économiques (1926)
  • Médaille de la Résistance avec rosette (11 juillet 1946), Médaille des services volontaires de la France libre (1er janvier 1947), Croix d'honneur du mérite franco-britannique (24 avril 1948), Chevalier de la Légion d'honneur (28 février 1949), Croix de guerre avec palme (24 août 1949), Médaille du déporté de la Résistance (21 octobre 1950), Médaille du combattant volontaire (19 janvier 1952)
  • Chef d'escadrons de cavalerie de réserve
  • Grand invalide de guerre Membre de la Fédération nationale des anciens de la Résistance (1950) Déporté et interné de la Résistance
  • " Illégalement laissé sans poste ni traitement pendant 10 ans (1955-1965) au Ministère des Affaires étrangères "
  • " Interné en Allemagne une première fois en 1941, rentré en France, s'engage le 1er juillet 1942 au mouvement FFC Turma Vengeance où il exerce les fonctions de chef de réseau. Participe activement à la direction aux échelons départemental, régional et national de plusieurs organisations de résistance. Fournit au commandement allié les renseignements les plus précieux et coopère activement à l'évasion de militaires alliés, méritant ainsi les remerciements du général Eisenhower " (source UNADIF).
1944
  • Arrêté en service commandé par la Gestapo le 20 janvier 1944 (dans des conditions pas encore établies en 1967), emprisonné à Fresnes et à Compiègne, condamné à mort par un tribunal militaire allemand, déporté par le convoi de représailles Pucheu le 20 avril 1944
1945
  • Rentré de déportation, il est mis dans l'impossibilité d'accomplir son devoir de liquidateur
1946
  • Nommé en novembre agent temporaire au Commissariat général aux affaires allemandes et autrichiennes, adjoint au général commandant le secteur français de Berlin et au ministre conseiller politique
1952
  • Demande à être admis au bénéfice de la loi du 26 septembre 1951 dans le cadre des affaires étrangères, la commission centrale émet un avis " favorable à l'unanimité " à sa titularisation, le 2 mars
1950/1954
  • Actions et attentats manqués contre lui 1954 Est relevé de ses fonctions d'administrateur commandant de district par le directeur général des affaires allemandes et autrichiennes, sans être intégré au Ministère des affaires étrangères, conformément aux dispositions légales. Le recours adressé le 26 juin 1954 au Ministre des affaires étrangères pour que soit reconsidérée la mesure de radiation dont il est l'objet est resté sans réponse
1954/1955
  • Refus du Ministère des Affaires étrangères de l'application de la loi du 26 septembre 1951 en vertu de laquelle la Commission nationale avait statué à l'unanimité sur la titularisation du bénéficiaire alors en service au gouvernement militaire français de Berlin. Chassé des affaires étrangères par Robert Bousquet, Philippe Nalaud etc.
1955
  • Nouveau recours au Conseil d'Etat
1958
  • Dossier sorti par Michel Debré sur demande de son ami Michel Boscher [1922-2008 ; ancien résistant gaulliste, déporté, député maire d'Evry en 1947]. Assurance que la situation serait réglée dès décision du Conseil d'Etat
1959
  • Intégration aux Affaires étrangères, mais à titre personnel, sans poste ni traitement, annulée par le Conseil d'Etat comme illégale [une intégration ne pouvant intervenir que dans un cadre de titulaire alimenté par un mode de recrutement normal]
1960
  • Radiation au tableau d'avancement de l'inscription comme lieutenant colonel et admis à l'honorariat sans avancement comme commandant 1964 Déclaré indigne de l'avancement dans la Légion d'honneur
1967
  • Intégré et promu conseiller des Affaires étrangères à la suite des arrêts du Conseil d'Etat de 1962 et 1965
1966
  • Les Affaires étrangères proposent à l'intéressé de l'intégrer à partir de 1952 comme secrétaire des Affaires étrangères de 2e classe, ce qui conduirait au grade de conseiller de 2e classe au 1er janvier 1965, et conduirait aux mesures suivantes : rappel de traitement pour la période 1952-1955, paiement de 6 mois de traitement avant la mise à la retraite, mise à la retraite le 1er juillet 1966. L'intéressé a donné son accord à cette proposition le 26 septembre 1966. Depuis cette datel'intéressé n'a encore rien obtenu et attend toujours
1970
  • A la suite d'un arrêt du Conseil d'Etat, promu Officier " conformément aux lois, décrets, règlements ainsi qu'aux principes fondamentaux de la Légion d'honneur " avec une indemnité réparatrice de 5 000 F. La pension de retraite n'est (cependant) pas servie depuis 1966 malgré les interventions en 1969 d'Edmond Michelet auprès de Michel Debré, Ministre d'Etat chargé de la Défense nationale
Notes personnelles de l'intéressé
  • 1954, est déchu de ses fonctions d'administrateur-Chef du district de Reinickendorf (12e arrondissement administratif de la ville de Berlin [De 1945 à la réunification de l'Allemagne, le district faisait partie du secteur français de Berlin-Ouest] Fait une requête auprès du Ministre des affaires étrangères, se dit objet d'une ignoble machination, " victime désignée pour des raisons d'affaires et de secret d'Etat ", se dit être " un cas Dreyfus privé de tout moyen de défense ". Il se présente dans un aide-mémoire (non daté) comme un résistant de la première heure (dès juin 1940, organise des dépôts d'armes en Bretagne). Rentré de captivité en 1942, il dit occuper un rôle important dans la Résistance (réseaux évasion). 20 janvier 1944, il est livré à la Gestapo " probablement par un personnage actuellement important " (témoignage de Soustelle impossible à obtenir). Condamné à mort il est déporté à Auschwitz-Birkenau le 30 avril 1944 (convoi des tatoués comprenant des personnalités politiques parmi lesquelles Pierre Pucheu). Très actif à Buchenwald, il se dit trahi par le comte de Chalvron [il s'agit de Bernard de Chalvron, diplomate et chargé de mission au cabinet militaire du maréchal Pétain à Vichy, entré en résistance en 1942 -réseau Super-NAP-, déporté à Buchenwald]. Il est adjoint au commandant américain du camp libéré en avril 1945. Rentré le 26 avril 1945 à Paris, il dit avoir " trouvé le barrage établi par Vic Dupont à la DGER, avec Passy et Manuel ", avoir été empêché de faire son devoir de liquidation de réseaux et avoir ainsi dû laisser ses hommes à l'abandon. Retourné en Allemagne pour le compte de la DGER, il revient à Paris, où il tente à nouveau de faire son travail de liquidateur. " Impuissant et écuré, (il) part pour Berlin avec Ganeval [il s'agit de Jean Ganeval (1894-1981), membre des groupes Combat et Mithridate de 1941 à 1943. Arrêté à Lyon en octobre 1943, emprisonné à Montluc, déporté ensuite au KL Buchenwald. Gouverneur militaire de Berlin en 1948-1949, il joue un rôle actif lors du blocus de cette ville par les Soviétiques au début de la Guerre froide. Haut-commissaire français à l'Office militaire de sécurité alliée à Coblence de 1949 à 1951, général de division depuis 1950, il passe ensuite dans les cabinets ministériels]. Il se dit promoteur du RPF, " fiché par Marcel Paul comme fasciste ", " livré à l'ennemi " [par le] général Manceau-Demiaux [chef du gouvernement français militaire de Berlin en 1954], " l'homme de Pétain " qui lui déclara " qu'il le détruirait " " ce qu'il fit en 1954 avec Leduc, avec André Collot, chef de cabinet de François Poncet (qui l'avait félicité pour son action à Berlin, condamné en France pour collaboration), avec [Raymond] Bousquet [directeur du personnel au Ministère des Affaires étrangères en 1954] en commençant par deux accidents de voiture. " Rayé à Berlin ", déchu de tous ses droits, il " engage la lutte contre la conjuration qui continue, frappe à toutes les portes (il cite notamment Robert et Maurice Schumann) mais " tous l'ont regardé se faire dévorer par les lions ". Fin mai 1958, il dit être arrêté en Italie comme gaulliste le jour du passage ( ?) de Jacques Soustelle. Le 28 mai il envoie un télégramme à de Gaulle à Alger, est mis à ses ordres
Le dossier couvre la période 1950-1972 et se compose essentiellement de lettres (le plus souvent dactylographiées) et de justificatifs administratifs. L'année 1954 est particulièrement riche en échanges

Il comprend, parmi les innombrables pièces
  • Note concernant les archives du service international de recherches à Arolsen (zone américaine - documents saisis par les Alliés à la libération des camps), datée du 11 novembre 1952
  • Photo d'identité de Georges Mrazovich
  • Courrier de la Direction du personnel du service des affaires allemandes et autrichiennes du Ministère des Affaires étrangères, daté du 13 avril 1954, justifiant les raisons du licenciement de Georges Mrazovich (son poste est supprimé du fait du regroupement des deux districts de Berlin, sa valeur professionnelle est mise en doute malgré une notation d'une moyenne de 17/20)
  • Mémoire en défense du tribunal administratif de Paris contre Georges Mrazovich, [1954 ?], 5 f.
  • Historique de la notation de Georges Marzovich, document classé " secret ", non daté, établi par l'intéressé
  • Lettre du général Koenig datée du 14 janvier 1955, en forme de fin de non recevoir à la question de la titularisation de Georges Mrazovich dans le cadre du Ministère des Affaires étrangères (comme cela devrait se faire au titre de la loi du 26 septembre 1951, qui prévoit une possibilité de titularisation des agents dans des emplois vacants, a fortiori s'ils sont anciens volontaires de la Résistance)
  • Courriers et notes justificatives, demandes de soutien ou de recommandations auprès de personnalités, lettres de remerciements émis par Georges Mrazovich. Parmi les personnalités sollicitées soit directement soit par le biais d'intermédiaires reviennent les noms d'André Marie, Ministre de l'Education nationale en 1954 ; Georges Bidault, Ministre des affaires étrangères en 1954 ; Daniel Mayer, président de la Commission des Affaires étrangères en 1954 ; Marie-Madeleine Fourcade, vice-présidente de l'association nationale des médaillés de la Résistance depuis 1947 ; Maurice Schumann, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères en 1954 ; François Seydoux Fornier de Clausonne, directeur des Affaires européennes au Ministère des Affaires étrangères en 1954 ; le général Pierre Carolet, commandant du secteur français de Berlin en 1952 ; Roger Foucher-Créteau, président de l'Amicale des anciens Déportés de la Résistance à Buchenwald en 1954
  • Echanges entre Georges Mrazovich et son avocat parisien Hubert Henry (à propos de sa notation de 1953 , objet d'une réclamation ; autour de son licenciement en 1954, contre lequel un recours a été déposé au Conseil d'Etat et au Tribunal administratif ; autour d'une promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur demandée en 1963 par Georges Mrazovich et qui lui est refusée ; autour du règlement de sa carrière et des indemnités rétroactives qui lui sont dues, dont le dénouement ne commence à se dessiner qu'à la fin des années soixante).
  • Témoignages de sympathie et gages d'amitié, parmi lesquels ceux d'Edmond Michelet, du général Ganeval [chef du gouvernement militaire français de Berlin], de la FNDIR, de l'association nationale des combattants volontaires de la Résistance. Sont évoqués aussi les appuis et/ou interventions de Valéry Giscard d'Estaing (en 1963, il est alors ministre des finances) et de Michel Debré, pour que son dossier de reclassement administratif soit examiné
  • Documents administratifs, parmi lesquels : loi du 3 septembre 1947 relative aux conditions de dégagement des cadres de magistrats, fonctionnaires et agents publics de l'Etat ; note de service annonçant la suppression des gouvernements militaires de Berlin à compter du 1er mai 1954 ; note de service sur les formalités administratives à accomplir pour les personnes quittant définitivement la zone occupée, 13 juin 1951 ; instruction du 6 juin 1952 pour l'application de la loi du 26 septembre 1951 portant règlement d'administration publique et instituant des bonifications d'ancienneté pour les personnes ayant pris une part active à la Résistance ; lettre de licenciement adressée à Georges Mrazovich, 13 avril 1954 ; arrêté de radiation de ses fonctions à Berlin, 2 juin 1954 ; assignation à quitter Berlin, [1954], certificat de travail dans les services de l'administration française en territoires occupés pour la période 1er octobre 1946-30 juin 1954 ; note de l'association des déportés, internés et familles sur les droits spéciaux attribués par la législation en vigueur aux fonctionnaires civiles déportés ou internés.
Collections
  • Valise en bois confectionnée par Martin Emile Frey (1911-1977), père du donateur, prisonnier de guerre au Stalag VII A (Moosburg, Allemagne) et avec laquelle il rentra de captivité. 41 x 30 cm. Profondeur : 18 cm
  • Minuterie pour sabotage : le dispositif se présente sous forme d'un boîtier circulaire en métal de 12 cm de diamètre et de 10 cm de profondeur
Autres documents
  • Action, Hebdomadaire de l'indépendance française, n°149-150-151-152/ août 1947 ; n°153-154-155/ septembre 1947 ; n°215-216-217/ novembre 1948 ; n°218-219-220-221/ décembre 1948 ; n°222-223-224/ janvier 1949 ; n°291/ mai 1950
  • Le procès de Riom : réquisitoire de M. le Procureur général devant la Cour suprême de Justice [en 2 exemplaires]
  • Fiche biographique sur Jean Billon, rédigée par Edmond Locard, octobre 1945
  • Trois reproductions de dessins exécutés à Dachau par l'Allemand Kurt Dittmar, 14 x 9 cm. Portent au dos les légendes : "Un accident" (en deux exemplaires) ; "Le travail c'est la liberté" (en quatre exemplaires) ; "Le bétail humain au cours de l'instruction national-socialiste" (en un exemplaire)
  • Césarine ombre fidèle et l'arrestation du président Edouard Herriot par les Allemands en 1942, raconté par Césarine, non daté, non paginé
  • France-Amérique : histoire d'une amitié, publication de l'Office d'information de guerre des Etats-Unis, non daté, 62 p. [page de couverture volante]
  • Bulletin du Comité France Libre du Kenya Uganda, n°26, avril-mai 1944
  • France : Review of Fighting France in Southern Africa, vol.1-n°7, january 1943
  • Bulletin des Anciens des mouvements unis de la Résistance [AMUR], n°4-novembre-décembre 1946 ; n°5-mars 1947 ; n°6-juin 1947 ; n°7-octobre 1947 ; n°8-novembre 1947 ; n°9-décembre 1947 
  • Le temps des terroristes, Ed. de Franc-Tireur, 1945 [très abimé]
  • Les bourreaux SS et leurs victimes : Auschwitz 1940-1945-Francfort/Main 1963-1965 : une confrontation qui s'impose, Vienne, Fédération internationale des Résistants, 1965
  • Vedettes de Paris en Allemagne : carnet de voyage, Impr. ATS, Paris, [1942], 30 p. [page de couverture volante]

Versements de 2015

Correspondance

  • Chemise "Correspondance à l'adresse de Françoise Lieber", résidant à Lyon, rue du Plâtre (1er arr.), 1937-1938
  • Chemise "Correspondance à l'adresse de Françoise Lieber de la famille Goldberg", depuis Vienne (Autriche) puis les USA, 1937-1939
  • Chemise "Correspondance Famille Drucker (depuis Vienne (Autriche), Gurs, Saint-Cyprien, Le Vernet), à l'adresse de Françoise Lieber,1938-1940.
  • 5 Films positifs de dessins d'enfants rencontrés à Drancy par Doris Kahane (1920-1976), plasticienne allemande, résistante en France
Presse
  • Action, hebdomadaire de l'indépendance française, 18 janvier 1946 [contint un article de Yves Farge, "La République et le pain"] ; semaine du 15 au 21 septembre 1949 
Autre
  • Enveloppe à destination du CHRD portant les timbres : "Guy Môquet", édité en 2007 ; 4 timbres Pétain avec surcharge RF (mise en circulationle le 3 septembre 1944 pour la libération de Lyon, écrit le donateur) ; "1942 Bir Hakeim", édité en 1967
  • Programme du Conseil national de la Résistance (CNR), 14 p.
  • Photo de Théodose Morel (dit "Tom") et Marie-Germaine Lamy lors de leur mariage en 1938, 15 x 10 cm

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